"Joël Bassous, l'humour en cage"

"Plonger dans l'univers déjanté de Joël Bassous c'est écouter Brassens chanter Corne d'Aurochs, voir Boris Vian inventer le piano cocktail. C'est la cocasserie qui règne, invention perpétuelle d'un artiste dominant un saugrenu proche du surréalisme et prouvant que le rire peut être le fait du plasticien.

L'héritage surréaliste est évident, l'on pense à Duchamp mais aussi à l'univers foutraque d'un Alfred Jarry. Ce qui stupéfie c'est la renouvellement des idées la fécondité, l'invention... L'artiste se plait à jouer avec les mots et je suis persuadé que nous vivons une période où le besoin de jeu se fait terrible. Un jeu qui ne saurait s'amputer du sérieux pour n'être que plus grave... Mais ici le message va souvent au delà du saugrenu, du calembour. Il devient métaphore comme cette corne de taureau qui aurait, on l'imagine, transpercé l'abdomen d'un matador ensanglanté. Jeux de mots qui viennent souligner la signification d'une oeuvre comme ce "Père, Fisc et St Es Prix" qui évoque irrésistiblement l'univers du Prévert des collages. Et "l'arme bactériologique sous garantie" est aussi un clin d'oeil au poète qui écrivait : l'oeil était dans la bombe et regardait tout le monde...

J'avoue avoir un peu de remords à ne parler que d'influences... Mais les meilleurs artistes, ceux qui VOIENT clair, sont poussés par les mêmes intuitions. Il m'arrive de penser qu'il est stupéfiant qu'ils ne désespèrent pas. Joël Bassous sait se montrer féroce, d'une férocité salutaire... L'artiste répond avec son humour au besoin de réflexion qui anime ceux qui sont conscients d'être saturés, via les média, d'informations boursoufflées et souvent frelatées. Ludique son art devient une façon de combattre, beaucoup plus efficace que les slogans scandés dans les rues. L'art de Joël Bassous peut être perçu comme un jeu, il est l'élément indispensable à un combat nécessaire. Si la vie est faite de mensonges et de tromperies, cette forme d'art ramène à une vérité nécessaire, celle de l'enfance. Joël, dont j'avais aimé l'exposition précédente, peaufine un humour percutant, à la mesure des interrogations d'aujourd'hui... Sous son humour le message, la nécessité, en un monde de grisaille, de la métaphore assassine. Si l'on me demandait de résumer son travail en quelques mots je dirais brillant... Brillant parce que plus dérangeant qu'il ne le paraît..."

Jacques DUCRET MACE, juin 2015




"Carte mère" 




"Jésus est de retour avec la dernière tablette                                                         "Au nom du Père, du fi$c et du saint €s prix" 
et une oreillette bluetooth."
Photo Larry Claude Duféal